
Issa était un superhéros. Pas un superhéros qui fait peur. Un superhéros petit, doux, et très attentif. Il portait une cape rouge qui chatouillait ses genoux, et un masque bleu qui glissait un peu quand il riait.
Ce matin-là, Issa marche dans la Forêt enchantée. Les arbres y chuchotent. Les feuilles brillent comme des confettis verts. Et les champignons ont l’air de petits parapluies.
Issa écoute.
Ploc… ploc…
Un son triste, comme une goutte qui tombe dans une tasse vide.
Issa se penche.
« Qui pleure ? » demande-t-il.
Une voix lente répond, comme du vent dans une branche.
« Moi… »
Dans un grand chêne, un visage se dessine dans l’écorce. Deux yeux doux, un nez en nœud de bois, et une bouche en fente.
C’est l’Esprit de l’arbre.
« Bonjour, Esprit de l’arbre. Je m’appelle Issa. Je suis là pour aider. »
L’Esprit soupire.
« J’ai perdu mes Feuilles-lumières. Sans elles, la forêt devient grise et silencieuse. Les petits animaux ont peur quand il fait trop sombre. »
Issa ouvre grand les yeux.
« Alors, on doit les retrouver ! »
L’Esprit de l’arbre penche un peu sa tête de bois.
« Elles sont dans une petite boîte en écorce, avec un ruban de lierre. Mais quelqu’un l’a emportée. »
Issa met ses mains sur ses hanches.
« D’accord. Quête du jour : retrouver la boîte des Feuilles-lumières ! »
Ils avancent ensemble. Enfin… Issa avance, et l’Esprit de l’arbre parle à travers les racines et les branches. Sa voix suit Issa, comme si la forêt elle-même l’accompagnait.
Sur le chemin, un ruisseau chante très bas. Des papillons s’arrêtent, comme s’ils écoutaient aussi.
Issa trouve une empreinte au sol.
« Oh ! Une trace ! »
La trace est ronde et lourde, comme un grand bol retourné.
L’Esprit murmure :
« Ce pas-là… je le connais. C’est le Golem de pierre. »
Issa avale sa salive.
« Un golem ? Il est méchant ? »
« Il peut être brusque. Il ne comprend pas toujours. Il croit souvent que tout ce qu’il trouve lui appartient. »
Issa réfléchit.
« Alors, je vais lui parler calmement. Je suis un superhéros, mais je peux aussi être poli. »
Ils suivent les empreintes. Elles mènent à une clairière où les pierres forment un cercle, comme une couronne.
Au centre, il y a un tas de rochers… qui bouge.
Crac… crac…
Le Golem de pierre se lève. Il est grand. Ses bras sont des blocs. Ses yeux sont deux cailloux brillants.
Dans ses mains, il tient une petite boîte en écorce. Avec un ruban de lierre.
Issa s’avance, sans courir.
« Bonjour, Monsieur Golem. Je suis Issa. »
Le Golem fait un bruit de gravier.
« GRRR… C’est ma boîte. Je l’ai trouvée. »
Issa garde une voix douce.
« Tu l’as trouvée, oui. Mais elle appartient à l’Esprit de l’arbre. Dedans, il y a des Feuilles-lumières. Sans elles, la forêt est triste. »
Le Golem serre la boîte.
« J’aime la lumière. Je veux la garder. »
Issa lève un doigt.
« Et si on partage ? On peut faire briller la forêt pour tout le monde. »
Le Golem secoue la tête. Des petits cailloux tombent de ses épaules.
« Non. »
Issa regarde autour de lui. Il voit des oiseaux cachés. Un écureuil tremble. Même les fleurs semblent refermées.
Issa prend une grande inspiration.
« D’accord. Je ne vais pas te tirer la boîte. Je ne vais pas te pousser. Mais je vais te proposer un jeu. »
Le Golem cligne des yeux.
« Un… jeu ? »
« Oui ! Un concours gentil. Si tu gagnes, tu gardes la boîte un moment. Si je gagne, tu la rends tout de suite. »
Le Golem aime les choses simples.
« Quel jeu ? »
Issa sourit.
« Un jeu de force… et de cœur. Tu dois porter ce gros rocher là-bas jusqu’à la souche. Moi, je dois faire rire trois animaux cachés. »
Le Golem rit, un rire qui fait trembler l’herbe.
« Facile pour moi ! »
Il attrape un énorme rocher et le soulève. Crac ! Il avance, lourd mais fier.
Issa, lui, chuchote :
« D’accord, animaux… j’ai besoin de vous. »
Issa met son masque de travers exprès, comme une crêpe mal posée.
Il fait une démarche de pingouin.
Il dit, d’une voix de grenouille :
« Je suis un superhéros… mais mes chaussettes sont des bananes ! »
Un petit rire sort d’un buisson. Hi hi.
Un oiseau fait cui-cui comme s’il se moquait gentiment.
Un lapin montre son nez et ricane.
« Un, deux, trois ! » dit Issa.
À ce moment, le Golem arrive à la souche… mais le rocher glisse.
BOUM.
Le rocher tombe et fait un petit trou. Rien de grave, juste un grand plouf de terre.
Le Golem grogne.
« J’ai perdu ! »
Issa s’approche.
« Tu as été très fort. Et tu as essayé. Bravo. »
Le Golem regarde Issa, surpris.
« Tu dis bravo… même si je perds ? »
« Oui. Parce que tu n’as pas cassé la boîte. Et parce que tu peux apprendre à partager. »
Le Golem baisse les épaules.
« Je… je peux donner la boîte. Mais je veux aussi un peu de lumière. Dans ma grotte, c’est froid. »
Issa réfléchit vite.
« On peut faire mieux. Esprit de l’arbre ! »
La voix de l’Esprit arrive, chaleureuse.
« Oui, Issa ? »
Issa explique tout. L’Esprit de l’arbre reste silencieux un moment, puis dit :
« Golem de pierre, si tu promets de protéger la clairière, je te donnerai trois Feuilles-lumières. Elles brilleront doucement, sans éblouir. »
Le Golem met une main sur sa poitrine de roches.
« Je promets. Je protégerai. Je ne marcherai pas sur les fleurs. »
Issa tend les bras.
« Marché conclu ! »
La boîte s’ouvre. Dedans, des feuilles dorées tournent comme de petits poissons dans l’air. Elles font un son de tintement, comme des clochettes.
La forêt reprend ses couleurs. Le vert redevient vert. Les oiseaux chantent plus fort. Le ruisseau rit.
L’Esprit de l’arbre donne trois Feuilles-lumières au Golem. Elles se posent sur son épaule et brillent comme des lanternes miniatures.
Le Golem cligne des yeux.
« C’est… chaud. C’est joli. Merci. »
Issa sourit.
« Et toi, tu as une mission maintenant. Un gardien de clairière ! »
Le Golem se redresse, très fier.
« Gardien ! Moi ! »
L’Esprit de l’arbre dit à Issa :
« Tu as aidé avec douceur. Tu as eu du courage sans te fâcher. Pour te remercier… voici ton trésor. »
Une branche s’ouvre comme une petite porte, et une boîte apparaît. Pas en écorce. En bois lisse, avec une étoile gravée.
Issa l’ouvre.
À l’intérieur : une mini-cape brillante, toute légère, qui scintille même dans l’ombre.
« Une cape de lumière ! » s’émerveille Issa.
L’Esprit de l’arbre dit :
« Quand tu la portes, tu peux faire une petite lueur pour guider ceux qui ont peur du noir. Pas une grande lampe. Juste une lueur rassurante. »
Issa enfile la cape par-dessus la sienne.
Ça fait deux capes.
Il se sent doublement super.
Issa dit au Golem :
« À bientôt, Gardien ! »
Le Golem répond, très sérieux :
« À bientôt, Super Issa. »
Issa repart dans la Forêt enchantée. Les feuilles-lumières dansent au-dessus de sa tête. Et sa nouvelle cape de lumière brille doucement, comme un petit secret qui dit :
Tout ira bien.