
Tiago est un petit garçon curieux. Il aime poser des questions, même à la poussière. Aujourd’hui, il porte un casque rond et des bottes qui font pouf-pouf. Il est sur la Lune.
Tout est gris argenté, doux comme de la farine. Les rochers brillent un peu. Tiago marche en faisant de grands pas.
« On dirait que je saute dans un rêve ! » dit Tiago.
Soudain, une empreinte énorme apparaît dans la poussière.
Grrr… un lion arrive. Mais ce lion n’a pas l’air méchant. Il a une crinière comme un nuage doré, et des yeux gentils.
« Bonjour, petit marcheur de ciel, » dit le Lion.
Tiago recule d’un pas, puis respire fort.
« Bonjour… Tu n’es pas perdu ? Sur la Lune, il n’y a pas de savane. »
Le Lion soupire.
« Je suis le Gardien des Échos. La nuit, je veille pour que les rires ne disparaissent pas. Mais aujourd’hui… quelque chose manque. »
Tiago ouvre grand les yeux.
« Quoi ? »
Le Lion montre le ciel noir. Une petite étoile clignote faiblement.
« L’Étoile-Note a perdu son tintement. Sans son son, la Lune devient trop silencieuse. Les bébés astronautes n’arrivent plus à s’endormir. »
Tiago pense très fort. Il aime aider.
« Alors on doit retrouver le tintement ! »
Le Lion hoche la tête.
« Oui. Mais attention. Un Pirate rôde. Il adore voler ce qui brille… et ce qui chante. »
À ce moment-là, un petit bruit de glisse se fait entendre. Chhht… chhht…
Un bonhomme de neige vivant arrive en patinant sur la poussière lunaire, comme si c’était de la glace. Il porte une écharpe bleue et un nez en carotte tout droit.
« Salut ! Je m’appelle Flocon. Je ne fonds pas ici, c’est pratique ! »
Tiago rit.
« Tu es un bonhomme de neige… sur la Lune ! »
Flocon fait une révérence.
« Et je suis très utile. Je sais écouter les sons cachés. Même ceux qui se cachent dans les cratères. »
Le Lion se redresse.
« Parfait. Tiago, Flocon, venez. Nous allons suivre les traces du tintement. »
Ils avancent ensemble. Tiago marche en sautant. Le Lion avance doucement. Flocon patine et fait des petits tours.
Ils arrivent près d’un grand cratère. À l’intérieur, on entend presque rien. Juste un petit… ting… qui a l’air timide.
Tiago se penche.
« Tu l’entends ? »
Flocon ferme ses yeux de charbon.
« Je l’entends… mais il a peur. »
Le Lion renifle.
« Je sens l’odeur de goudron et de vieux biscuits… C’est le Pirate. »
Une ombre passe. Puis une voix forte.
« Ho ho ho ! Tout ce qui fait ting est pour moi ! »
Le Pirate apparaît derrière un rocher. Il a un chapeau énorme, une longue veste, et… une bouteille remplie de petites lumières.
Dans la bouteille, une petite étoile tremble. Elle n’a plus de son.
Tiago serre ses poings, mais sa voix reste calme.
« Monsieur Pirate, cette étoile doit chanter pour tout le monde. »
Le Pirate rigole.
« Tout le monde ? Je préfère moi ! Je veux une lune pleine de trésors rien que pour mon navire. »
Flocon chuchote à Tiago.
« On ne peut pas tirer, on ne peut pas pousser fort… ici tout flotte. Il faut être malin. »
Tiago réfléchit. Il regarde la poussière, les cailloux, et son sac.
« J’ai une idée ! »
Il sort un petit miroir de poche, cadeau de sa maman. Il le tient face à la bouteille.
La lumière de l’étoile se reflète, et fait un drôle de zigzag sur le sol.
Le Pirate suit le zigzag des yeux.
« Oh ! Une autre étoile ! Une plus grosse ! »
Le Lion parle très doucement.
« Pirate, si tu veux vraiment un trésor, regarde là-bas, dans le grand cratère. Il y a un coffre ancien. »
Le Pirate cligne des yeux.
« Un coffre ? Un vrai ? »
« Un vrai, » dit le Lion, très sérieux.
Le Pirate court en faisant des bonds maladroits. Il veut le coffre.
Pendant qu’il s’éloigne, Flocon patine vite. Il roule une petite boule de neige lunaire, bien compacte, et la lance gentiment.
Plof ! La boule touche la bouteille. La bouteille glisse dans la poussière, et tombe juste devant Tiago.
Tiago l’attrape avec précaution.
« Doucement… je te tiens, petite étoile. »
Il ouvre la bouteille. L’étoile sort et flotte comme un ballon.
Mais elle ne fait toujours pas ting.
Flocon se gratte le nez.
« Elle a perdu son son. Comme si on lui avait pris sa voix. »
Le Lion ferme les yeux.
« Il manque peut-être un morceau de son… un petit grelot d’étoile. »
Tiago regarde partout. Dans la poussière, il voit des petites miettes brillantes, comme des grains de sucre.
« Regarde ! De la poudre d’étoile ! »
Flocon s’illumine.
« Si on la rassemble, on peut réparer le tintement. Je peux la ramasser avec mon ventre de neige. Ça colle ! »
Flocon se roule doucement sur les grains brillants. Ils se collent sur lui et scintillent.
Tiago applaudit.
« Tu es une boule à trésor ! »
Flocon rit.
« Je chatouille ! »
Ils entendent au loin : « Hein ? Il est où, le coffre ?! »
Le Pirate revient, fâché.
« Vous m’avez trompé ! »
Le Lion se place devant Tiago. Il ne rugit pas. Il parle fort, mais juste.
« Nous n’avons pas volé. Tu as volé l’étoile. Elle n’est pas à toi. »
Le Pirate serre les dents.
« Je veux un trésor ! »
Tiago a une autre idée. Une idée de garçon généreux.
« On peut faire un échange. Un vrai échange. »
Le Pirate plisse les yeux.
« Quel échange ? »
Tiago sort de son sac un petit sachet de biscuits ronds, très dorés.
« Ce sont des biscuits de la Terre. Ils sentent bon. Et regarde, ils brillent un peu dans la lumière lunaire. »
Le Pirate renifle. Son ventre fait gloup.
« Hmm… »
Flocon ajoute, fier :
« Et moi, je te donne une poignée de poudre d’étoile. Pas toute, sinon l’étoile ne guérit pas. Juste assez pour décorer ton chapeau. »
Le Pirate touche son chapeau. Il aime décorer.
Il hésite. Puis il soupire.
« D’accord. Mais je garde deux biscuits ! »
« Un biscuit, » dit Tiago en souriant.
Le Lion ajoute calmement :
« Deux, et tu devras écouter mon rugissement de papa-lion. »
Le Pirate avale sa salive.
« Un seul biscuit. Très bien. »
Tiago donne un biscuit. Flocon donne une mini poignée de poudre.
Le Pirate, surpris, prend tout doucement.
« Merci… » marmonne-t-il.
Puis il s’en va en sautillant, son chapeau un peu pailleté.
Maintenant, il faut réparer l’étoile.
Flocon se secoue au-dessus de l’étoile. La poudre tombe comme une pluie brillante.
Le Lion souffle doucement, comme un vent chaud.
Tiago ferme les yeux et dit :
« Étoile-Note, tu peux chanter. On est là. »
Et soudain… TING !
Un petit son clair résonne. Puis TING-TING !
Le cratère répond avec des échos rigolos : ting… ting… ting !
La Lune semble sourire. Même les rochers brillent plus.
Flocon tape dans ses mains.
« Ça marche ! Je l’avais dit : les sons cachés aiment qu’on les aide. »
Le Lion s’incline devant Tiago.
« Tu as été courageux et malin. Tu as utilisé ta tête, pas tes poings. »
L’étoile tourne autour de Tiago et laisse tomber quelque chose dans sa main : une petite pierre blanche, lisse, avec une étincelle au milieu.
Le Lion explique :
« C’est un Caillou-Écho. Si tu le secoues, il fait un petit tintement. Quand tu seras triste, il te rappellera que les sons reviennent toujours. »
Tiago serre le caillou.
« Je le garderai dans ma poche. »
Flocon se penche.
« Et moi, je peux venir ? J’aimerais voir la Terre… mais pas trop près du soleil ! »
Tiago rit.
« Tu viendras. On te fera un chapeau d’ombre. »
Le Lion les accompagne jusqu’à une petite base lumineuse. Tiago regarde une dernière fois l’Étoile-Note. Elle chante fort maintenant.
TING… TING… TING…
Tiago monte dans sa capsule. Flocon s’installe à côté, bien attaché.
« Prêt ? » demande Tiago.
« Prêt ! » dit Flocon.
Le Lion lève une patte.
« Au revoir, amis. Et merci d’avoir rendu sa musique à la Lune. »
La capsule décolle doucement. Tiago tient son Caillou-Écho. Il entend le tintement, petit et rassurant.
Et dans le ciel noir, l’étoile continue de chanter, pour tous les rêveurs.