
Youcef était un garçon curieux et patient. Il aimait regarder les petits détails: une miette qui brille, une plume qui danse, une chaussette qui se cache. Il vivait dans une maison tranquille, avec un couloir qui grinçait un peu et une chambre où les jouets faisaient la sieste.
Ce soir-là, Youcef voulait son doudou. Un petit doudou tout doux, avec une oreille un peu pliée.
Mais sur le lit… rien.
Youcef fronça les sourcils.
— Doudou? Où es-tu?
Le vent faisait bouger le rideau. La maison semblait chuchoter.
Dans un cahier posé sur une étagère, une page se tourna toute seule. Un monsieur en sortit, comme s’il glissait hors d’un dessin.
C’était l’Auteur d’histoire.
Il avait des lunettes rondes, un crayon derrière l’oreille, et un air très pressé, mais gentil.
— Oh! dit-il. Je cherchais une fin heureuse, et me voilà dans ta chambre.
Youcef ouvrit grand les yeux.
— Tu es… un vrai Auteur d’histoire?
— Oui, répondit l’Auteur. Et toi, Youcef, tu as un problème très important.
Youcef hocha la tête.
— Mon doudou est perdu.
L’Auteur d’histoire sortit une loupe minuscule et regarda sous le lit.
— Hmm. Je sens une trace de… frissons.
Youcef chuchota.
— Des frissons?
— Oui. Quand un Monstre passe, il laisse souvent des frissons derrière lui.
À ce moment-là, un petit bruit fit “grrrr… scritch…”. Pas très fort. Plutôt comme un estomac qui a faim.
Le bruit venait du placard.
Youcef avala sa salive.
— Il y a un Monstre dans ma maison?
L’Auteur d’histoire posa une main rassurante sur l’épaule de Youcef.
— Peut-être. Mais dans les histoires, on peut avancer doucement. Avec des idées. Et avec du courage.
Youcef n’était pas un garçon qui fonce en criant. Il était plutôt prudent. Mais il était aussi ingénieux. Alors il prit une lampe de poche.
— On va voir. Mais doucement.
Ils avancèrent dans le couloir. Le couloir était long comme un serpent endormi. À gauche, la salle de bain sentait le savon. À droite, la cuisine sentait les biscuits.
Youcef s’arrêta.
— Si le Monstre a pris mon doudou, pourquoi?
L’Auteur d’histoire réfléchit.
— Certains monstres prennent des choses pour se sentir moins seuls. Ou parce qu’ils ont peur eux aussi.
Youcef fit un petit “oh”.
— Un Monstre peut avoir peur?
— Bien sûr, dit l’Auteur. Surtout dans le noir.
Ils arrivèrent devant le placard de l’entrée. La porte avait un petit trou de serrure, comme un œil.
Youcef mit sa lampe de poche en direction.
— Bonjour? dit Youcef.
Silence.
Puis une voix grave, mais tremblante:
— Qui… qui est là?
Youcef répondit très doucement:
— Je m’appelle Youcef. Je cherche mon doudou.
La voix grogna:
— Doudou… oui… moi, j’ai trouvé… doux.
La porte bougea un peu. On entendit “ploc”, comme une larme qui tombe.
L’Auteur d’histoire chuchota:
— Tu vois? Il n’a pas l’air méchant. Il a l’air… inquiet.
Youcef se pencha près de la porte.
— Monstre, tu peux ouvrir? On peut parler.
— Je peux pas, dit la voix. Si j’ouvre, je fais peur.
Youcef réfléchit. Il avait une idée.
— On peut faire une règle: tu ouvres juste un petit peu. Et moi, je ne crie pas. Promis.
L’Auteur d’histoire ajouta:
— Et moi, je note tout. Comme ça, l’histoire devient plus gentille.
La porte s’ouvrit d’un centimètre. Un œil grand, rond, brillant, regarda.
Youcef ne cria pas.
Le Monstre avait une fourrure en boule et un nez comme une pomme. Il serrait le doudou de Youcef contre lui.
Youcef dit:
— Tu l’as pris.
Le Monstre baissa la tête.
— Oui… Je voulais juste… quelque chose de doux. La maison fait des bruits. Le couloir grince. Le frigo chante. Ça me fait peur.
Youcef resta calme.
— Moi aussi, parfois, j’ai peur des bruits.
Le Monstre leva les yeux.
— Toi?
— Oui, dit Youcef. Mais je respire. Et j’allume une petite lumière.
L’Auteur d’histoire tapa dans ses mains tout doucement.
— Ah! Voilà une belle idée. Une quête dans la maison: trouver une lumière pour le Monstre.
Youcef sourit.
— Tu veux une petite veilleuse?
Le Monstre murmura:
— Une… veilleuse? Ça existe?
Youcef courut dans sa chambre, sans faire trop de bruit. Il revint avec une petite veilleuse en forme d’étoile.
— Tiens, dit Youcef. Elle fait une lumière douce.
Le Monstre recula un peu.
— C’est trop lumineux!
Youcef ajusta.
— On peut la mettre derrière la porte. Comme ça, c’est juste un peu.
L’Auteur d’histoire approuva:
— Parfait. Dans les histoires, on peut toujours régler la lumière.
Youcef plaça la veilleuse. Une lueur chaude remplit le placard. Le Monstre respira mieux.
— Oh… dit le Monstre. Mon ventre fait moins “grrrr”.
Youcef demanda:
— Tu as faim?
Le Monstre hocha la tête.
— Un tout petit peu. Mais je n’ose pas sortir.
Youcef pensa aux biscuits de la cuisine.
— Je peux te donner un biscuit. Un seul. Et un verre d’eau.
Le Monstre sourit, un sourire maladroit.
— Je peux… dire merci?
— Oui, dit Youcef.
Youcef apporta un biscuit. Il le glissa doucement par l’entrebâillement.
Le Monstre fit “mnom mnom” très poliment.
Puis il serra le doudou contre lui une dernière fois.
— Il est vraiment très doux.
Youcef tendit la main.
— C’est mon doudou. Mais… tu peux le toucher quand tu as peur, si tu me le demandes.
Le Monstre ouvrit plus grand. Il rendit le doudou. Ses mains tremblaient.
Youcef le récupéra et le serra contre son cœur.
— Merci.
L’Auteur d’histoire sortit son crayon.
— Attends… il manque une récompense. Dans une bonne histoire, Youcef doit gagner quelque chose en plus.
Le Monstre fouilla dans le fond du placard. On entendit “clink clink”.
Il sortit une petite boîte.
— J’ai trouvé ça dans la maison. Je pensais que c’était un caillou, mais ça brille.
Youcef ouvrit la boîte.
Dedans, il y avait un petit trésor: une bille dorée, qui scintillait comme un mini-soleil. Quand Youcef la faisait rouler dans sa main, la bille éclairait doucement, comme une luciole.
Youcef écarquilla les yeux.
— Waouh! Une bille-lumière!
L’Auteur d’histoire dit:
— Un trésor parfait. Et utile.
Youcef sourit au Monstre.
— On peut l’utiliser quand la maison fait des bruits. On met la bille dans le couloir, et ça fait une lumière rassurante.
Le Monstre soupira de soulagement.
— Alors… je ne serai plus seul dans le noir.
Youcef réfléchit encore.
— Et toi, tu peux rester ici. Mais tu promets de demander avant de prendre un objet.
Le Monstre hocha la tête.
— Je promets.
L’Auteur d’histoire referma doucement son cahier.
— Je crois que j’ai ma fin heureuse. Un garçon courageux, un monstre apaisé, et un trésor lumineux.
Youcef retourna dans sa chambre. Il posa la bille-lumière sur sa table de nuit. Il mit son doudou sous son menton.
Dans le couloir, ça grinça un tout petit peu.
Youcef chuchota:
— Ce n’est qu’un bruit. J’ai ma lumière. Et je sais parler doucement.
Dans le placard de l’entrée, le Monstre murmura:
— Bonne nuit, Youcef.
Et la maison, elle aussi, sembla dire:
— Bonne nuit.
La bille dorée scintilla encore une fois, puis la chambre devint calme. Youcef s’endormit, rassuré, avec son doudou retrouvé et un nouveau trésor pour chasser les frissons.